Une image centrale dans l'histoire des sciences

Une image comme nul autre pareil. Prise par les appareils de l'Event Horizon Telescope (EHT) et de l'European Southern Observatory (ESO), la photo sera dévoilée en grande pompe le 12 mai 2022 lors d'une annonce mondiale minutieusement teasée durant de longues semaines par les membres du laboratoire. Il n'en fallait pas moins pour ce que cette dernière à révélé au centre de notre galaxie, un objet que beaucoup avaient prévu mais qu'il était encore impossible d'observer directement. Et grâce à la collaboration des laboratoires du réseau mondial de radiotélescope EHL, dont l'Atacama Large Millimeter Array au Chili, le télescope James Clerck Maxwell sur l'île Hawaï et bien d'autres, c'est chose faite.
Mais que montre justement cette photo prise à environ 26 000 années-lumière de nous et qui est resté jusqu'ici dissimulé à nos yeux ? Un trou noir supermassif placé au centre exact de notre galaxie, dans la direction de la constellation du Sagittaire, d'où le nom que les scientifiques ont donné aux étranges phénomènes que connaissaient cette région du ciel, Sagittarius A*. En effet, depuis la première détection d'une onde radio provenant du centre de notre galaxie remontant à l'année 1974, plusieurs équipes d'astronomes se sont mis en tête d'étudier les étoiles proches de cette source de rayons X (en raison d'une forte concentration de poussières et de nuages moléculaires, ces étoiles ne pouvaient être étudiées en lumière visible mais dans l'infrarouge.) À l'époque, une étoile baptisée S2 retient en particulier l'attention des astronomes. Il s'agit de l'une des étoiles les plus proches de la source de radio Sagittarius A* qui fait partie d'un amas d'étoiles. Les chercheurs étudient plus particulièrement le mouvement de cette étoile. Et ils se rendent rapidement compte qu'elle se comporte comme si une masse énorme, estimée à environ 4 millions de masse solaire et située au centre de la Voie lactée, exerçait une formidable force d'attraction sur l'étoile S2.
Pour expliquer la présence de cette puissante force d'attraction, les astronomes ont avancé l'hypothèse d'un trou noir supermassif. Ce dernier serait entouré d'un disque d'accrétion qui contiendrait du gaz chaud dont la température est estimée à 10 millions de degrés Kelvin. Mais aussi du gaz plus froid dont la température se situe entre 100 et 10 000 degrés Kelvin.
Les techniques évoluant sans cesse, il aura fallut attendre 2005 pour que les astronomes commencèrent à observer Sagittarius A* par la technique dite d'interférométrie en superposant les différentes longueurs d'ondes provenant du signal. Ils découvrent ainsi que la source de rayonnements électromagnétiques est produite par un objet très compact dont le rayon ne dépasse pas une unité astronomique, soit plus ou moins la distance existante entre notre planète et le Soleil.
C'est alors que l'Event Horizon Telescope, appareil auquel on doit déjà les premières images du trou noir supermassif situé au centre de la galaxie M87 en 2019, entre en jeu à son tour, se lançant alors dans l'étude du centre de notre propre galaxie, les antennes résolument tournées en direction du mystérieux signal Sagittarius A*. En ce jour historique, il dévoile enfin devant un parterre de spécialistes le fruit de ces observations en cette image venue des confins de notre recoin de ciel.

'Les observations de ce trou noir sont en accord avec les prédictions de la théorie de la relativité générale d'Einstein, écrit dans un tweet Eric Lagadec. le président de la Société française d'astronomie et d'astrophysique. Einstein tient encore ! clame-t-il encore. Et on est vraiment sûr qu'il y a un trou noir au centre de la galaxie." Parce qu'en effet, derrière cette remarquable découverte se cache l'un des plus grands rêves de la science qui pourrait aussi devenir son plus grand cauchemar : déjouer les prédictions d'Albert Einstein le père de la relativité. Comme je le rappelle dans mon essai "La mémoire de l'univers" dans troisième partie du premier tome "Ma petite pièce de complexité", la théorie reine des sciences fondamentales est devenue, au fil du temps, la théorie qu'il faut dépasser, à l'instar de ce que cette dernière provoqua sur la théorie de la gravitation d'Isaac Newton. J'y écris : "La théorie de la relativité d'Einstein servit, pour ce cas précis, de formidable caisse de résonnance dans la tempête que souleva cette étude aux résultats erronés, et, à n'en point douter, le fait d'associer le nom d'Einstein à une découverte, quelle qu'elle puisse être, positive ou négative, produirait un pareil tohu-bohu dans le landerneau de la communauté scientifique, comme on le voit, sur le quivive. Cela posé, ce qui est nouveau ici, est l'impact dévastateur que cette contre-performance scientifique a pu avoir sur le large public." Mais une fois de plus, une observation directe vient prouver la solidité des prédictions du savant de Berkeley qui avait décrit un pareil objet. Bien que de nombreux savants le pensaient plus que probable, les images diffusées par le partenariat EHL, viennent démontrer une fois de plus qu'il sera extrêmement difficile de se passer des théories du toujours trop grand Albert Einstein. "Nous vivons un moment historique, poursuit Eric Lagadec dans un second tweet. Attachez vos ceintures, on va faire un voyage de 27000 années-lumière, vers le trou noir supermassif au centre de notre galaxie. Il est 4 millions de fois plus massif que le soleil. Et on le voit pour la première fois aujourd'hui!" Et il est en matière de sciences comme dans bien d'autres, voir c'est croire avec les yeux, et les nôtres se sont une fois de plus tournés en direction d'un point situé quelque part dans la Constellation du Sagittaire.
J.O.E
