Tout ça pour ça ?

07/02/2022

Voilà ce que j'écrivais il y a dix ans déjà : " Secoué par les annonciateurs de malheur pseudo-scientifiques, plus certainement armés de dialectique religieuse qu'en possession de vérités scientifiques, « l'Arbre des Possibles » tend à se scléroser au lieu de se ramifier. Il s'atrophie autour des racines de l'obscurantisme, du créationnisme et de son pendant moderne de « l'intelligence design » et la manipulation des pensées naïves à travers des livres plus que dangereux, tels que l'Atlas de la Création, un ouvrage polémique qui fut scandaleusement publié et distribué en 2006 dans les collèges publics et privés français, dans lequel, sous le couvert de connaissances scientifiques réelles, se dissimule une œuvre créationniste et révisionniste ouvertement anti-darwiniste de 770 pages. Le créationnisme fut de tout temps la pierre d'achoppement de nombreuses sciences spéculatives, comme l'astronomie ou la cartographie par exemple, mais elle ne fut jamais plus force d'opposition avec l'anthropologie et la paléontologie. Ce livre infame a été écrit par le turc Adrian Oktar, un théologien qui se dissimule derrière le pseudonyme Harun Yahya, et disciple de la doctrine du « dessein intelligent » version coranique, d'une main que l'obscurantisme religieux de toute obédience cette fois a dirigé. Par exemple, et non des moindres, le problème de datation du Carbone 14, que l'auteur n'hésite pas à qualifier de catastrophe, a été nourrie à l'aulne d'une totale incompréhension, voire inconnaissance, des lois de la nature. Depuis sa première édition, combien de fondamentalistes seront venus y puiser leur inspiration dans le but de justifier leurs pensées et idéologies rétrogrades. "

Ce texte, extrait des toutes premières pages de mon ouvrage "Ma petite pièce de complexité", évoque les raisons qui m'ont, si ce n'est poussées, du moins inspirées dans l'écriture de mon essai de "La mémoire de l'univers". Dans celui ci, je reviens sur cette "mode" de l'application de la méthode scientifique pour prouver, voire justifier, la présence d'un démiurge, d'un dieu tout puissant à l'origine de toute chose ici-bas. 

Environ dix années plus tard, je lis consterné au détour d'un rayon dans une librairie grand public : " Pendant près de quatre siècles, de Copernic à Freud en passant par Galilée, les découvertes se sont accumulées de façon spectaculaire, donnant l'impression qu'il était possible d'expliquer l'univers sans avoir besoin de recourir à un dieu créateur. Et c'est ainsi, qu'au début du XXe siècle, le matérialisme triomphait intellectuellement. De façon aussi imprévue qu'étonnante, le balancier de la science est reparti dans l'autre sens, avec une force incroyable [...] Ces connaissances nouvelles sont venues dynamiter dans les certitudes ancrées dans l'esprit collectif, au point que l'on peut dire aujourd'hui que le matérialisme, qui n'a jamais été qu'un croyance comme une autre, est en passe de devenir une croyance irrationnelle. "

Ces mots sont tirés de la quatrième de couverture du livre à succès "Dieu. La science. Les preuves", une oeuvre de Michel Yves Bolloré et Olivier Bonnassies qui, si elle n'avait pas été si indécente aurait été risible à bien des égards. Autant vous dire que, dans mon for intérieur, le dépit se disputait à la colère, et pour cause, à l'heure où je prenais connaissance de ces quelques lignes, je rencontrai les pires difficultés à éditer mes propres ouvrages dont l'un des buts avoués est justement de pourfendre de telles malhonnêtetés intellectuelles. Retrouvant mon calme, je déposai où je l'avais trouvé ce brûlot infâme avec, en moi, la pressante nécessité d'en dissimuler tous les exemplaires derrière d'autres (sic ! Le Traité sur la tolérance de Voltaire) mais constatant leur nombre, me résignai et tournai juste les talons.          

Suite à cette rencontre fortuite, plutôt désagréable, je réussis tant bien que mal à financer les premiers exemplaires de mes ouvrages épistémologiques. Mais j'avais dès lors en tête de faire de l'ouvrage de Bolloré et Bonnassies le marche-pied de ma campagne promotionnelle. Pur opportunisme ? J'y concède volontiers. Mais, voyez-vous, cette lecture m'avait fait passer une si mauvaise après-midi qu'il fallait que cela serve quelque part au bien commun, à commencer par le mien. 

Il n'est pas question ici de faire la critique point par point des propos que tiennent ici les auteurs, mais d'en comprendre le contexte. Pour une telle critique, je vous invite à vous référer au sublime travail que la chaîne Youtube "Un Irréductible Athée" fournit, étrillant l'ouvrage "façon puzzle". 

Pour ma part, je conclurais avec un autre extrait de mes ouvrages, rédigé près de dix ans après les lignes qui ouvrent ce billet-blog. Ce passage se situe au tout début du quatrième chapitre du dernier volume de "Un canevas d'information", dernier opus de "La mémoire de l'Univers", soit, à la toute fin de mon essai, autant dire après moultes réflexions sur Dieu, la science ou les preuves... du contraire : "En dépit de notre meilleure volonté, il ne peut être tenu de dialogue constructif entre science et religion. Pas plus qu'il ne devrait avoir de conflit entre science et religion d'ailleurs. Toutes deux avancent comme des continents de solitude sur un océan de connaissance [ndr : culture religieuse d'une part, culture scientifique d'autre par.] qui, faute de pouvoir converger, ne peuvent finalement que s'éloigner l'une de l'autre. La religion est engoncée dans ses dogmes, figée par des doctrines hégémoniques qui ne « tolèrent » aucune innovation de nature scientifique. Par exemple, sans transsubstantiation ou miracles des saints, le catholicisme n'a aucun sens pour le pratiquant et la science ne peut et ne doit, en aucun cas, faire la démonstration de tels « prodiges ». Si mystère il y a, mystère devra persister au regard de la science. Toutefois, la science est, à sa façon, tout aussi dogmatique, dans son fonctionnement, ses règles et, disons-le tout net, son objectif, détermination revendiquée ou non par ses adeptes. Cela posé, on peut aisément concevoir qu'il n'y ait aucune autre alternative aux propositions que je vais défendre ici. (ndr: à comprendre dans mes livres)"

J.O.E

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