GO WEBB GO*

12/07/2022

L'annonce a fait grand bruit. La NASA a intelligemment fait monter la sauce en promettant des images jamais vues, remisant ainsi les précédentes. Pour l'occasion, l'agence américaine aura mis les petits plats dans les grands, en une cérémonie diffusée en mondovision avec nombre de prestigieux participants. Dans le coin gauche de l'écran, un compteur déroule tranquillement les minutes qui nous éloignent de l'annonce. 15 minutes... 10 Minutes. 3... 2...

C'est devant un parterre de pontes de la NASA et de ses partenaires européens (ESA) et canadiens (CSA) que le télescope spatial James Webb, autrement nommé JWST, a livré sa toute première moisson d'images. Et sans surprise, celles-ci sont particulièrement spectaculaires. Mais au-delà de l'inévitable effet d'annonce, plutôt réussi avouons-le, le bijou de technologie installé depuis peu au point de Lagrange 2 (L2), soit à 1,5 millions de kilomètres de la Terre, apporte déjà d'importantes informations sur chacune des 5 photographies divulguées en grandes pompes aujourd'hui.  

La première d'entre elles avait été dévoilée la veille au milieu du bureau ovale par le président américain lui-même accompagné de sa vice-présidente et de l'administrateur de la NASA. Le cliché montre des galaxies formées il y a 13 milliards d'années appartenant à l'amas de galaxies SMACS J0723.3-7327 situé dans la constellation australe du Poisson Volant. Cette image, précise une communication du CNES, est "la plus précise et la plus lointaine jamais obtenue. Elle représente une portion du ciel équivalente à la taille d'un grain de sable tenu à bout de bras". Et pourtant, ce minuscule grain de sable fourmille de milliers, voire de millions de galaxies toutes plus brillantes les unes que les autres nées dans les premiers soubresauts de l'univers, lui-même âgé rappelons-le, de 13,82 milliards d'années. On peut y voir aussi les effets que les amas des galaxies plus proches produisent sur des galaxies plus éloignées, des arcs obtenus par effets de lentilles gravitationnelles qui dévient la lumière passant à proximité, ainsi que des éclats lumineux issus des trous noirs gigantesques présents au coeur des galaxies, donnant à cette image son aspect fascinant, d'une pureté absolue, presque magique. Autant dire que cette première photo n'a pas fini de donner à rêver aux astronomes du monde entier qui en feront sans aucun doute le fond d'écran de leurs ordinateurs personnels.  

La seconde image montre un détail de la nébuleuse de la Carène, véritable pouponnière d'étoiles située à environ 7 600 années-lumière. L'image, observée dans l'infrarouge puis traitée artificiellement pour que nos yeux puissent la voir, est tellement belle et précise que l'on peut y distinguer les fournaises de gaz et de poussières qui ont donné, donnent et donneront naissance à des milliers d'étoiles. "Ce que l'on est en train de voir là, c'est l'écume des vagues de la robe de la galaxie, qui est en train de danser", a résumé, ému, l'astrophysicien David Elbaz.

La troisième image est celle du Quintette de Stephan, un spectaculaire regroupement de galaxies situé dans la Constellation de Pégase. Cinq d'entre elles sont parfaitement visibles sur l'image, et parmi celles-ci quatre sont en interaction, entrées dans une danse gravitationnelle frénétique qui les déforment en leur arrachant de la matière, produisant sans doute une quantité de nouvelles étoiles au cours du processus. Deux des galaxies visibles sont mêmes en train de fusionner montrant à plusieurs milliards d'années d'intervalle ce qui adviendra quand la galaxie d'Andromède entrera en collision avec notre Voie Lactée.

La quatrième image dévoilée par les scientifiques de la NASA montre la nébuleuse de l'Anneau Austral prise alternativement par deux des instruments embarqués sur le télescope, à gauche, NIRCam et à droite, MIRI. Il s'agit du champ du cygne d'une étoile double (que l'on distingue parfaitement au centre de la nébuleuse) en train de doucement s'éteindre en expulsant dans le vide du gaz et de la poussière qui lui auront donné vie plusieurs millions d'années auparavant. L'astrophysicien David Elbaz indique que "l'On est en train de voir naître des molécules complexes dans le corps pratiquement mort d'une étoile et qui est la première étape vers la complexité, vers la vie". 

Et enfin la quatrième photo, de mon point de vue la plus exceptionnelle, décompose l'atmosphère de l'exoplanète WASP-96 b, un Jupiter chaud situé à quelque 640 années-lumière de la Terre, dans laquelle le télescope est parvenu à trouver de la vapeur d'eau. C'est par ailleurs grâce à la lumière de son étoile que les outils du JWST sont parvenus à la détecter. Cette image vient surtout souligner la puissance et la qualité sans pareilles des appareils du James Webb's telescope, présageant les incroyables futures découvertes que ce dernier effectuera dans un avenir proche : planètes habitables ou habitées, ou à minima traces des briques de la vie, prêtant à la mission son caractère exceptionnel. 

Cette première moisson d'images promet une avenir radieux pour le télescope spatial, prenant ainsi glorieusement la relève du télescope Hubble arrivé depuis bien longtemps en fin de vie. Toutefois, ce dernier n'a pas fini de nous impressionner, mais les performances du nouveau jouet des astronomes vont bien au-delà, comme ces 5 premières images d'objets de notre univers sont venues le prouver. Cependant, "Quel que soit le progrès et le niveau d'innovation de tous ces matériels, écris-je dans Ma petite pièce de complexité, leur didactique demeure empirique et procède depuis toujours du même mode d'utilisation, c'est-à-dire : l'engin est pointé en direction d'une partie du ciel qu'il doit observer, en lumière visible ou non, et les astronomes étudient les images qui en sortent, imprimées non plus directement sur l'œil de l'astronome, mais apparaissant désormais sur des écrans d'ordinateur."

J.O.E

*Slogan de la mission 

Share
Créez votre site web gratuitement ! Ce site internet a été réalisé avec Webnode. Créez le votre gratuitement aujourd'hui ! Commencer