[HORS-SERIE 2] De l'égo + M.A.J

12/04/2022

Voilà, nous y sommes. Le peuple français a parlé. il s'est exprimé et les résultats n'ont absolument rien d'étonnant. On peut le résumer ainsi : "on prend les mêmes et on recommence." Les mêmes ? Vraiment ? Oui, sans doute, mais à quelques différences près.

Si nous regardons un peu en arrière, qu'avons-nous ? Une pandémie mondiale. Une crise énergétique, économique, bancaire, de confiance, et bien évidemment, climatique, sans doute la pire d'entre toutes. Une guerre. Non ! Des guerres, en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique centrale. Un soulèvement de la classe moyenne et des déclassés en début de quinquennat. Des affaires et des scandales tout du long. Mépris, désinvolture, attentisme. Pire. Immobilisme. A quelques détails près, certes. Mais dans un contexte bien différent. Et dans ces conditions, les résultats du premier tour des élections ne prennent dès lors plus du tout la même importance. En effet, depuis dimanche soir, 20h, le péril est grand de voir parvenir à la tête de l'État le parti d'extrême droite français et, par conséquent, rien, non rien n'est plus du tout pareil.

Ainsi, sans surprise, les partis de gouvernement, ou plutôt ce qu'il en reste, appellent tous au front républicain pour sauver la démocratie. A faire barrage au pire pour sauver la république. Du bout des lèvres pour certains, tous se rangent néanmoins derrière le président sortant, parangon de stabilité et de social-démocratie à ce qu'il paraît. Il est à parier qu'un grand nombre de leurs électeurs s'exécuteront, bien qu'en se bouchant le nez, exactement comme il y a cinq ans. Mais beaucoup, et le risque est là, beaucoup préféreront suivre d'autres consignes, peut-être moins claires ou moins enthousiastes et d'autres encore n'iront tout bonnement pas voter. Mais, dites-moi, qu'avons nous fait, collectivement parlant, pour en arriver là ? Parce que ce résultat ne sort pas de la cuisse de Jupiter, enfin, pas celle du dieu olympien.

Et bien, la liste est longue. Et d'une grande tristesse.

En premier lieu, les partis qui ont régi la vie politique du pays pendant plus de cinq décennies se sont effondrés. Cette élection signe leur mort clinique, sans parler de l'énorme dette que ces derniers devront rembourser et qui risque de les rendre exsangues pour un bon moment. Déjà le PS n'était plus que l'ombre de lui-même depuis la cuisante défaite de Benoît Hamon. Mais la trahison de François Hollande et le transfuge Macron auront fini par l'achever. Il ne reste donc plus rien du puissant parti qui permit à François Mitterrand de régner quatorze années durant. Par ailleurs, la cruelle défection de Nicolas Sarkozy a entériné l'acte de décès du premier parti de France, Les Républicains, ex-UMP, ex-RPR, ex-regardez-moi-j'existe encore. Son incarnation le temps d'une élection n'aura même pas réussi à plaire au parrain de la formation de droite républicaine qu'il aura préféré humilier en place publique plutôt que de lui apporter par fidélité son soutien. Sans doute en souriant. Mais est-ce réellement surprenant venant d'un homme plusieurs fois condamné pour faux ?

De son côté, alors qu'il avait tout à gagner, le parti écologique ne sera pas parvenu à transformer le formidable élan d'une société qui aura compris que son avenir est dans sa prise en compte du danger environnemental. Ce constat est d'autant plus cruel que la guerre interne lors de sa primaire aura réussi à mettre en avant nombre de ces pressantes problématiques, validées en tout point par un corps électoral en parfaite symbiose avec les aspirations légitimes d'une jeune génération par trop souvent taxée de laxisme mais qui a bel et bien pris son destin en mains. Mais Yannick Jadot n'aura pas su incarner ce combat de fait de son aveuglément électoraliste et solipsiste. Et que dire du cadet Rousselle qui, porté par une "hipe" iconoclaste et divertissante, à mille lieues des canons de son parti ronronnant, aura agi en service commandé de ses propres illusions pour pilonner les espoirs de la gauche qui aurait pu l'emporter. La candidature Mélenchon, quoiqu'on en pense au demeurant, aura manqué de ce soutien si ce n'est de poids, tout du moins symbolique, du fait de détails que seront venus grossir un manque patent d'humilité. Voilà un sacré "pansement du Cpt Haddock" avec lequel il va falloir composer désormais.

Car, en effet, c'est d'un tout autre symbole dont il est question ici. Le symbole d'une classe politique aux antipodes des aspirations de leurs électeurs. En me focalisant sur la partie la plus proche de mes convictions, "tous" souhaitaient et appelaient de leurs vœux un rassemblement des forces de gauche qui n'est hélas jamais venu, et pour une unique raison : l'égo des candidats. Le formidable égo des candidats à la législature suprême, parfois vanté, souvent vilipendé, derrière la vaine rencontre d'une homme et d'un peuple. Certains pourront me taxer de refaire le match en omettant certaines causes (abstention, fronde, expression de protestation ou de colère), mais je crois sincèrement que ce que je vais écrire reflète exactement ce que pense bon nombre de sympathisants de ces formations politiques. Pour ceux qui penseraient effectivement autrement je vous laisse vous référer au texte que j'ai écrit la veille du premier tour sur ce blog.

Donc l'égo des candidats argumente-je. Même s'il semble légitime de vouloir porter les aspirations de son groupe dans l'attente d'une victoire, cette légitimité doit-elle se jouer sur l'avenir du peuple de gauche dans son ensemble ? Ce peuple hurlait son désir de changement sous les fenêtres closes de sa représentation enfermée dans leurs tours de solitude. Et c'est pourtant ce qui s'est joué dans la triste pièce à laquelle nous assistons, désormais impuissant. La plupart des candidats de la gauche gouvernementale, si ce n'est tous, sont restés dans leur couloir en ignorant les désirs de ceux qui ne souhaitaient qu'une seule chose : le rassemblement en une seule et unique force des partis de gauche. Mais, c'est bien l'égo de ces mêmes candidats (et de ce qu'ils pensent représenter) qui, par cette attitude, nous plonge dans la terrible situation de revenir à un réel affligeant. Aurait-il été trop compliqué de s'unir pour porter un choix de société ? Il semblerait que oui. Atteindre un consensus en ignorant les points d'achoppement le temps d'une élection majeure ? Sans doute trop difficile à dépasser pour eux. S'il pensait pouvoir néanmoins atteindre leurs objectifs individuels dans le monde qui est le nôtre actuellement, et bien, cela signifie qu'il n'ont strictement rien compris à ce qui constitue leur électorat, en tout cas, à ce qu'il voulait, ce cri sourd mais parfaitement audible advenu par des initiatives comme la Primaire Populaire et autres consultations citoyennes. Et ils s'étonnent ne pas être plébiscités. On croit rêver ! Mais les choses étant parfois bien faites, la plupart d'entre eux devront porter la responsabilité de la faillite probable de leur mouvement tout entier. Parce que cette légèreté aura mené le peuple à voter pour quelqu'un qu'il déteste pour éviter de voir accéder à la mandature suprême quelqu'un de pire encore.

Toutefois, cette responsabilité ne s'arrête pas (ou plus) à un bilan exclusivement comptable de leur comportement égotique. Cela pouvait encore l'être quand l'alternance était de mise, une échéance en chassant une autre tout au long du long effritement de l'électorat lassé par cette partie de ping-pong démocratique. Désormais, leur responsabilité s'étend bien au-delà : l'accession de Marine Le Pen à la tête du pays, Un point c'est tout. Voilà où se situe leur responsabilité. Parce que, les chiffres le montrent, même si la politique n'est pas qu'une question d'arithmétique, c'est bien leur besoin de poursuivre leurs aventures personnelles qui aura placé le peuple de gauche devant ce choix impossible. Et maintenant, nous allons devoir une nouvelle fois agir contre nous-même pour éviter le pire. Beaucoup y parviendront. Mais il est à craindre que beaucoup ne réussiront pas à dépasser cette difficulté. Pour le permettre, ce geste doit être conditionné à un autre, fort, juste et équilibré. Cette fois, l'acte de retourner son vote contre soi, d'aller à l'encontre de ses propres convictions ne doit en aucun cas rester lettre morte. Mais j'y reviendrai plus loin.

Pour ma part, l'éternel optimiste que je suis commence à disparaître derrière cet autre qui me fait horreur mais je suis désormais trop las pour le combattre vraiment. C'est pour cette raison que je prône de plus en plus politiquement cette notion économique que l'on nomme accélérationnisme, comme si le fait d'acter une fois pour toute la déliquescence totale de nos institutions par le pire des procédés était le seul moyen de vraiment changer les choses. Peut-être est-il temps de retrouver le goût de la liberté, l'envie de démocratie par le constat même de son absence. Si par son manque nous retrouvions enfin le désir. Et par lui, choisir ceux ou celui qui pourra nous y faire parvenir sans retomber sur ce concept d'homme ou de femme providentielle qui pollue depuis si longtemps notre démocratie. Jean-Paul Sartre ne dit-il pas que c'est sous l'occupation que nous étions sans doute les plus libres ? Quelle idée affreuse, et pourtant vraie dans l'absolu. L'appel de ce vide immense m'effraie et quand je plonge mon regard en lui, je sens qu'il m'observe aussi. Qu'il est cruel de constater que le nihilisme total est devenu la seule option pour obtenir ce que l'on désire le plus : être heureux.

L'aventure individuelle de quelques-uns ne peut donc pas se solder sans qu'il n'ait de leçon à tirer de cette déroute. Sans voir de têtes tomber en quelque sorte. C'est trop important. trop impérieux. Nous le voyions, le disions, le redoutions et ils n'ont rien voulu entendre. Ceux qui nous ont mis dans cette situation par la monstration de leur "moi" pathétique ne doivent pas s'en sortir de la sorte. Il plonge leur peuple dans le doute quand eux rêvent d'échéances futures. Si cela n'avait pas été aussi vulgaire, ça aurait été insultant. Aussi, c'est pour cette raison que je lancerai dans les jours qui viennent une pétition sur Change.org, et ce, comme le simple citoyen dépité et en colère que je suis, dans laquelle je demande que l'on déchoit de leurs postes actuels les responsables de cette Bérézina. Qu'ils paient enfin le prix de leur hubris et qu'ils abandonnent à d'autres le rôle de force de progrès dévolu à ceux qui penseront et agiront dans le sens d'un avenir collectif, humaniste et responsable. Ces personnalités politiques ne sont plus légitimes pour porter les aspirations de ceux qui espèrent, souvent en silence, souvent dans la pauvreté, souvent dans la quête du bonheur, de voir le monde changer, changer vraiment, et pas seulement en slogan si facile à trahir. Nous nous en remettons à des personnes grosses d'elles-mêmes, pleine de cette morgue qui leur permet de renier un jour ce qu'ils promettent un autre. C'est par cet acte sacrificiel, girardien, que nous parviendrons à purger le mal que ces derniers nous on fait. Ils sont seuls responsables de ce désastre, aussi bien collectivement qu'individuellement. Comme est seul désormais notre président qui par son action, son laisser-faire, en détruisant un à un les outils de notre démocratie ou en piétinant nos institutions, a provoqué cette situation. Si on pouvait le déchoir aussi, je le demanderai mais peut-être que les urnes réussiront là où la révolte hésite. Et désormais, si cela advient, je plains notre pays. Dans le cas contraire, je le plains tout autant.


M.A.J

24 avril 2022 : jour défaite

Le résultat est tombé et, sans surprise, le président actuel a été reconduit à son poste. Marine Le Pen en est donc quitte de cette nouvelle tentative. Mais ces mêmes résultats montrent aussi, spectaculairement, qu'un grand nombre de votants (et bien plus de non-votants) auraient souhaité le voir reconduit aux portes du palais de l'Elysée. Nous en reprenons donc pour cinq années de Macronie et son cortège de dérives néo-libérales. Le plan du candidat Macron s'est donc déroulé de la meilleure des manières pour lui. Mais à trop jouer avec le feu républicain pour son propre compte, c'est la démocratie toute entière que l'on brûle. Et l'unique responsable du sinistre que nombre redoute peut "sereinement" réoccuper son fauteuil de monarque absolu porté par une plèbe en totale déliquescence. Aussi, comme le chante ironiquement Guillaume Meurice : "on a fait barraaaage" et pour le pouvoir pyromane en place, n'est-ce pas là l'essentiel ?         

J.O.E


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