De la néo-épistémoï

01/02/2022

Loin d'être cette science intellectuelle d'un seul tenant qui fut celle du temps de Socrate, la philosophie est divisée en d'innombrables chapelles : phénoménologique ou analytique, scolastique ou académique, de la nature ou des idées, etc. L'épistémologie est l'une d'entre elles. 

Mais de quoi parle-t-on quand on parle d'épistémologie ? Pour résumer, il s'agit de l'étude de la science sur elle-même, sur ses effets, ses influences, voire sa cause en tant que cause. Le terme, quelque peu technique, recouvre néanmoins un pan entier de la philosophie largement méconnu, trop souvent inusité ou pouvant même faire peur. C'est sans doute pour cette raison que cette science sur la science est restée en périphérie de notre approche contemporaine. Un rapport dans le champ de la pensée que les bouleversements climatiques actuels ou la pandémie que le monde traverse ont permis de modifier. 

L'épistémologie permet de déterminer les mécanismes qui ont vu se produire la révolution copernicienne, la course à la bombe ou l'usage de tel ou tel vaccin par exemple, les inscrivant dans un contexte ou un environnement particulier à leur développement. Elle explique notamment pourquoi la Chine n'à pas fait sa révolution cosmologique alors qu'elle en avait parfaitement les moyens ou, au contraire, qu'elle fut à l'initiative de la poudre à canon. Or, même si l'épistémologie peut renvoyer à de lointains phénomènes, ce terme n'est apparu qu'au début du 20e siècle, lors d'une période de crise des savoirs, particulièrement en occident, où l'on verra l'être humain s'interroger sur sa propre démarche scientifique, percluse depuis les origines de doute et de réflexions diverses.

La science n'est pas seulement un fait intemporel, sorte d'immense voile faisant avancer le grand navire du progrès humain mais aussi une conquête historique. En effet, "dans la tradition française, explique le philosophe Frédéric Worms, l'épistémologie est d'abord une démarche historique : la connaissance des sciences quand elles ont eu lieu mais aussi la réfutation des erreurs scientifiques antérieures et la conquête par des démarches nouvelles." En cela, l'épistémologie est devenue LA condition même de l'accès de la science à l'ensemble des problèmes humains. Si par son approche d'épistémé, Michel Foucault rappelle la dimension critique du concept, l'épistémologie par sa nature composite intègre l'histoire des sciences et la politique qui permet au progrès humain de progresser le regard porté dans le miroir de sa propre réflexion.    

Aussi, quid du concept de nouvelle épistémologie que je soutiens, ou "néo-épostémoï" ?

Ce que recouvre le terme de néo-épistémoï (notez la diphtongue "oÏ" venant libérer le terme d'épistémé de son carcan critique pour pénétrer la sphère plus large de la poïétique) est une approche différente de l'épistémologie que je qualifierais de classique. En effet, là où cette dernière à besoin de vulgariser des concepts ardus pour être compréhensible du plus grand nombre (par exemple, comprendre l'influence des technologies cellulaires en expliquant le plus simplement possible la théorie de l'information pour un public non sensibilisé à ces techniques), la néo-epistémoï cherche au contraire à élever l'auditeur par son rapport intime au beau, au "vrai" ou encore au monde des idées, en direction d'un questionnement sur les sciences, toutes les sciences (par exemple, ce que nous dis une vue d'artiste d'une étoile en formation sur les lois de la gravité, ou encore d'une approche du hasard ou quelque dessein intelligent dans l'histoire de l'univers.)

Le rapport à l'intime est important dans une telle démarche dans ce sens qu'il entraîne nécessairement une réflexion qui ne dit pas son nom pour ceux que la néo-épistémoï aura su guider dans le processus affectif et sensible de son approche au monde. On peut ainsi la retrouver dans les lignes de fuite d'une perspective qui d'un tableau de la Renaissance ou dans l'élévation d'un gratte-ciel à Doubaï, dans l'origine complexe de la vie et la toute-simplicité d'une cellule pré-procaryote, les mathématiques et les côtes bretonnes, etc. Penser le monde par rapport à un tel questionnement donne accès à une poétique du réel bâtit sur les ruines d'un désenchantement du monde d'une approche par trop scientiste, ayant perdu de vue son rapport à l'intime, de l'être humain, du monde ou de la nature. En effet, pour la néo-épistémoï, se satisfaire d'un tel monde ne fait pas monde. 

C'est en tout cas ce que je vous propose d'explorer dans ma série d'ouvrages de LA MEMOIRE DE L'UNIVERS. 

J.O.E

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